Dans le cadre du Carrefour de l’Animation au Forum des images (13e édition)…

Se tenait jeudi 03/12, une table ronde sur la production et la diffusion du court métrage jeune public. Ça nous a intrigué, on y est allé.

Si tu n’as pas d’enfants, tu te diras mais pourquoi en faire tout un plat et une thématique à rallonge ? Parce qu’en fait il y aurait (encore) un manque d’offre cinéma à destination des familles et les programmes de courts d’animation enfants marchent plutôt bien ! Entre 80 et 150 000 entrées en moyenne ce qui fait pâlir certains films français.

Pour ne pas rentrer dans les détails de qui a dit quoi, nous synthétisons les propos nous ayant marqué.

Le constat de départ introduit par l’aimable animatrice de la table ronde c’est que très peu de films français sont présents dans les programmes de courts jeune public. Selon elle, sur 15 programmes sortis en 2014 composés de 104 films courts, seuls 26 sont français (chiffres de l’AFCA, oui ça fait 25%). Or il y a parfois embouteillage sur les sorties de ces programmes. Donc demande d’un côté et peu d’offre de courts jeunes public français de l’autre…

Quelle réalité derrière tout ça ?

Photo Forum des images Carrefour de l animation table ronde

La position des distributeurs?

Les programmes sont réputés difficiles à constituer et le processus est long. Mais le jeu en vaut la chandelle, financièrement s’entend.

Un budget moyen de sortie de programme de courts jeune public tourne autour de 60k (sans compter le personnel), avec une ventilation traditionnelle de 15k de MG et au moins 30k pour l’affichage. Le gain pour un distributeur est d’environ 1,4€ sur les 3,4€ récoltés par place (on vous laisse faire le calcul). Ces programmes ont bien entendu une durée d’exploitation plus longue que les longs métrages.

Un distributeur historique rappelle que depuis la sortie de Kirikou, de plus en plus de films s’adressant aux familles sortent donc qu’il y a en réalité de moins en moins de place pour les programmes. Par ailleurs, un groupe jeune public de l’AFCAE (Association Française des Cinémas d’Arts et Essai, 1115 cinémas en France) visionnent des films et les programmes courts à sortir chaque mois venant ainsi renforcer le travail du distributeur.

Donc côté distributeur ça va au niveau des sous et au niveau réponse des exploitants. Le problème c’est la difficulté à constituer les programmes. Car paradoxalement il y a comme un manque de production française. Ou plutôt une difficulté française de produire des films jeune public. En parallèle (on l’écrit parce que ça a été soulevé) il y a une vraie tradition en Europe de l’est et en Russie pour la création de films d’enfants. Ceux-ci ont donc une bonne représentation dans nos programmes #stopfrenchbashing.

Celle de la production?

C’est là ou le bât blesse, là où le paradoxe prend forme. Gardons en tête qu’un court d’anim de 10’ ça peut coûter jusqu’à plus de 100 000 euros (source: une boîte de prod qu’on adore) – une des raisons étant que ça se produit sur une longue durée. A côté de ça, il y a deux sources d’aides majeures pour ce type de court. Un. Les TV en préachat – avec en ligne de mire la possibilité suite au préachat de demander l’ouverture d’un compte de soutien (COSIP) au CNC –  qui lui-même donne droit par la suite à des sous suivant les résultats du court. Deux. Demander directement une aide à la production.

Les deux sont difficiles à obtenir.  Pour la première le fait est que les télés ne pré-achètent que peu de courts et quand elles le font elles achètent des spéciaux (26’). Donc pour des films courts enfants d’animation à 100k+ de budget pour juste 10′, 26 c’est compliqué. Les télés présentes ont bien entendu rappelé aux producteurs leurs guidelines et l’ «importance de l’écriture » oui l’ééécriiituuure.

Pour la seconde, en général les commissions de court métrage du CNC (des gens qui se connaissent, lisent ou regardent des projet au CNC puis décident de l’attribution des aides) pour la partie Cinéma sont composées de gens qui viennent de la fiction (française). C’est un constat qui peut se généraliser : les projets aidés ont donc plutôt le profil de film (de fiction) social à la française. Résultat il n’y a littéralement qu’une poignée de courts d’animation jeune public par an produits avec des sous du CNC Cinéma (pour rappel la demande en 2014 : 104 courts sur 15 programmes).

Enfin l’on note qu’il existe quand même une « allocations directes aux programmes de courts » du CNC. Elle donne droit à un bonus sur la TSA collectée à l’occasion de la sortie salle du programme. Le producteur récolte les 5/9 de ce bonus et l’exploitant les 4/9. Or les exploitants ne demandent jamais ces 4/9 parce que pour quelques centaines d’euros c’est beaucoup de temps passé à faire de l’administratif et tout le monde sait que l’administratif c’est chiant et que les exploitant(e)s sont des guerrier(e)s qui n’ont pas que ça à foutre.

Donc beaucoup de choses à revoir au niveau production, alors que les courts jeunes publics produits en France que nous avons pu découvrir sont (en général) absolument géniaux.

Sinon c’est quoi un bon programme de courts pour enfants ?

Ah ma bonne dame… les adultes ont bel et bien perdu leur part d’enfance. Tel est un des constats qui implique à ceux qui le font qu’il leur est dur de savoir à l’avance ce qui plaît aux enfants. Heureusement d’autres ont dit : « peu importe le public visé un bon film court jeune public doit plaire aussi aux grands, il doit être universel ». C’est ça qui serait d’ailleurs « constitutif d’un bon court jeune public ». Par exemple (ma bonne dame) les Chaplin ne sont pas conçus comme des œuvres jeune public mais lui plaisent tout autant. Un film conçu uniquement pour les 2 à 6 ans devient culcul. L’enfant est un individu intelligent et il faut souvent mettre un peu de côté l’avis des adultes. Voilà ce que nous retiendrons.

Au global le programme ne doit pas comporter trop de films sinon les petits décrochent et il faut que le programme en lui-même ne soit pas trop long. Enfin le programme doit être cohérent, c’est important aux yeux des exploitants.

Et les initiatives qui vont dans le bons sens ?

En vrac, l’ESAAT (école d’animation) qui donne pour exercice à ses élèves de créer des courts très courts pour jeune public. Arnaud Demuynck des films du Nord, qui va sortir un programme en octobre 2016 qu’on a hâte de découvrir : La Chouette Conteuse entre veille et sommeil. Il a eu l’idée de créer un personnage (une chouette, la sagesse, les racines Greco Romaines toussa) comme un alter égo de lui-même qui présentera le programme aux enfants.  Les films ont l’air fous. On a beaucoup apprécié l’intervention d’Arnaud parce qu’il est le seul à avoir évoqué la possibilité de diffuser ses programmes sur Internet… Enfin, un peu plus rébarbatif mais important quand même, en parallèle de la sortie du quinquennal rapport sur la diffusion du court, (cette année par Anne Bennet) le CNC reçoit toutes les semaines une délégation de professionnels représentants du secteur du court métrage pour savoir comment orienter les textes de son millefeuille de subventions (que nous cuisinons en consommant du cinéma), pour que tout se passe bien et que tout le monde puisse goûter à cette délicieuse pâtisserie.

Les invités de la table ronde étaient:

Nicolas Schmerkin (Autour de Minuit), Corinne Destombes (résidence Folimage), Emmanuelle Chevalier (Les Films du Préau), Marc Bonny (Gébéka), Camille Maréchal (Cinéma Public Film, Ciné Junior), Frank Sescousse (responsable jeune public Ciné 104, Pantin), Jean-Pierre Denève (école d’animation ESAAT), Julien Neutres (CNC), Sophie Boé (Canal + Family) et Morad Kertobi qui a pris la place de Julien après qu’il s’est évaporé. Conférence animée d’une main de fer par Elsa Masson (Agence du court métrage).