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Avant de lire l’interview, en 6’…

Découvrez le court !

Salut Yon, est-ce que tu peux te présenter et nous dire sur quoi tu travailles en ce moment?

Salut ! Mon nom est Yon Hui Lee et j’ai grandi en Malaisie. Je viens d’être diplômé du California Institute of the Arts (CALARTS) et je finis mon programme de formation au Blue Sky Animation Studio (ndlr: L’Age de Glace, Rio…) en tant qu’artiste storyboard !

Alors qu’est-ce que ça veut dire Dodoba?

“Dodoba” ne veut en fait rien dire en japonais. Je voulais que ce nom sonne comme un mot étranger pour le public de même que Sanbo est un étranger au village comme pour les villageois. Je voulais qu’il n’ait aucun repère une fois entré dans le village de Dodoba, à compter du nom du village. Tout devait lui sembler distant et étranger.

Image de Dodoba

D’où vient l’idée de Dodoba, qu’est-ce qui t’as inspiré ? Comment t’es-tu retrouvé à faire ce film ?

L’inspiration vient principalement du fait que j’ai grandi dans un univers d’animation japonaise, de vieux films chinois et plus tard les films Jidaigeki et quelques films de Yasujiro Ozu. L’idée ne m’est venue qu’après avoir vu “La Mouche” (ndlr: de Cronenberg) avec un pote à la filmothèque de CalArts. Sorti de nulle part, j’ai pensé à un personnage intègre chargé d’assassiner un juge corrompu.

Image du film La Mouche

La première image que j’ai eu en tête était celle de l’assassinat du roi des Wu Liao par Zhuan Zu en 515 av. JC. Mais comme j’ai grandi en étant influencé par l’animation japonaise, je rêvais de faire un dessin animé dans ce style depuis le lycée. Je me suis dit que s’il y avait bien un moment et un lieu pour le faire, c’était maintenant. J’étais à l’école et j’avais la liberté de faire tout ce que je voulais. Il n’y avait nul endroit plus sûr pour le faire.

Le travail de préparation a été difficile parce que je voulais être sûr de ne pas donner une image erronée de la culture japonaise. Pour ce faire, j’ai lu pas mal de livres sur la culture japonaise, j’ai voyagé au Japon pour faire un peu de recherches (même si j’ai surtout passé du bon temps et de me suis relaxé 🙂 ) j’avais aussi des amis japonais (qui sont également les voix et les compositeurs du film) que je consultais souvent pour être sûr que je ne trahissais pas cette culture.

Tu t’es occupé de tout animer toi même… comment c’était et ça t’a pris combien de temps ?

« En fait je n’étais pas tout seul du tout. »

La phase de pré-production était très fun parce que j’ai pu explorer plusieurs façon de raconter l’histoire, et j’ai passé à peu près 4 mois pour faire le storyboard et le travail d’écriture, principalement grâce à l’aide que j’ai reçue de mes professeurs et amis dans ma classe filmique (Fran Krause, John Kim, Thomas Teraoka, So Yeon Yoo, Angela Kim, Ryu Ri Pars, Linda Fong, Ben Reicher et Robert Moon). Une fois que le storyboard a été fini, je suis passé à l’animatique.

Je n’ai commencé l’animation qu’à la fin du mois de janvier, donc avec le recul, comme je devais terminer autour de mi avril, je n’ai eu en fait que 11 semaines pour passer de la pré-production au film fini. C’était éprouvant pour les nerfs au début parce que arrivé fin janvier, j’ai réalisé que je n’avais pas toujours pas d’acteur pour le rôle de Sanbo, alors j’ai contacté un ami de Calarts (Sean Okada) qui était au Japon à ce moment, et il m’a recommandé son ami (Tatsuya Miyamoto) qui fait du doublage de voix au Japon. Je l’ai interviewé au téléphone et il a fait quelques tests avec les dialogues et il s’est avéré parfait pour ce rôle. M. Miyamoto a aussi fait la voix du juge et celles de plusieurs seconds rôles. C’était un monstre de travail et je l’en remercie encore.

De plus, j’ai aussi réécrit quelques répliques pour le film en version anglaise pendant que mes amis (Rika Endo et Takehiro Nishikawa) traduisaient en japonais pour la session d’enregistrement ! J’étais super content qu’ils acceptent de m’aider après que je les ai contactés !

En fait je n’étais pas tout seul du tout. Quand j’ai fini à peu près 60% de l’animation, j’ai réalisé qu’il ne me restait plus que 6 semaines avant la date butoir pour rendre mon film. Il aurait été impossible pour moi de finir l’animation, puis de coloriser entièrement le film dans les semaines ou même jours restants avec en plus le compositing (ndlr. étape où toutes les couches de l’image – décors, personnages, mouvements de caméra- sont assemblées pour le montage final) qui attendait d’être fait. Donc j’ai demandé à une amie, Kyu Ri Park si elle pouvait m’aider avec la colorisation puisqu’elle avait fini 90% de son film et elle a accepté. J’ai vraiment eu de la chance de l’avoir à bord ! La plupart du temps elle restait après minuit pour faire le plus de plans possible. Elle ne se contentait pas juste de les faire mais elle voulait rendre un excellent travail à chaque plan qu’elle entreprenait ! Je me sens presque mal parce qu’elle est tombée malade après le travail de colorisation sur mon projet ! Elle a colorisé 95% des scènes du film et je ne pense pas que j’aurais pu finir le film sans elle, alors encore une fois un grand merci à Kyu Ri !!!

Une autre amie m’a aidé avec le travail de couleur, Fiona Hsieh ! Elle a été une autre championne qui a fini son film quelques jours avant la date de rendu et a décidé de rejoindre l’équipe et aider sur la couleur des scènes restantes !

Et puis il y avait les extraordinaires doubleurs, compositeurs et le sound designer, Hikari Toriumi, Tatsuya Miyamoto, Jessica Lin, Lily, Rachel Lin, Daiki Okuno, Kozue Matsumoto et Pin Hua Chen ! Parfois nous enregistrions les voix bien après minuit et même après ça ils ne se plaignaient pas ! Tout le monde voulait que l’image et le son du film soient aussi bons que possible, je ne pouvais pas être plus excité !

Si on regarde toute la production, ce film n’aurait pas été possible sans l’aide de tous ceux qui ont travaillé dessus. Nous avons rencontré un bon nombre de problèmes et difficultés, l’une s’ajoutant à l’autre, mais personne ne s’en est jamais plaint, au contraire tout le monde trouvait le moyen de rendre les choses meilleures. C’est donc vraiment le fruit du travail de tous ceux qui ont passé du temps dessus et je ne pourrais pas être plus heureux d’avoir rencontré une telle équipe. J’ai eu de la chance cette fois-ci peut être cela sera-t-il plus difficile de retomber sur une aussi bonne équipe à l’avenir.

Ah oui en effet… Sinon, l’animation et le design des personnages sont vraiment très beaux, est-ce que tu as des conseils ou des bonnes pratiques que tu pourrais partager avec nos lecteurs en école d’anim?

Char design Dodoba

Quelque chose qui marche bien pour moi est que je réfléchis énormément à qui sont mes personnages avant de les designer. 

Par exemple le personnage du juge se couvre toujours la bouche avec un éventail parce qu’il cache ses dents pour dissimuler sa vraie forme. Alors quand je l’ai designé, je l’ai toujours représenté avec l’éventail devant sa bouche et c’est devenu une énorme partie de son design. La même chose s’applique à Red Toad (Sanbo) et ses poupées vaudoues. Puisque c’est un Shaman il avait besoin d’accessoires qu’il puisse utiliser pour piéger les esprits maléfiques. Finalement ces éléments s’insèrent dans la trame et il utilise sa cape et ses poupées vaudoues. Bien connaître le thème de mon histoire m’a aidé aussi. La grosse grenouille jaune par exemple, je lui ai fait une grande bouche ce qui vient en opposition avec ce qu’elle dit “une bouche aussi grande que celle-là ne peut être que l’endroit du mensonge”. Parfois cela m’aide de tirer inspiration d’acteurs que je connais. Le personnage de Sanbo est basé sur Tajomaru dans Rashomon (ndlr: Kurosawa). Donc j’ai essayé d’intégrer une part de Tajomaru dans le design de Sanbo.
Tajomaru - Toshiro Mifune

 

On a lu que tu travaillerais à un prequel avec Sanbo et Garo, est-ce que ce sera un court, une web série ou même un long?

J’ai eu des idées pour Sanbo et Garo mais pour le moment je me dirige plus vers une BD. Cela pourrait être vraiment bien si j’arrivais à en faire une série animée un jour quand j’aurais le budget, mais je vais devoir continuer à travailler sur d’autres projets en attendant !

Potentiel prequel pour Dodoba

Pour conclure, est-ce que tu aurais des projets secrets dont tu pourrais nous dire deux mots 😉 ?

Je travaille sur le développement d’idées pour un nouveau projet qui tourne autour du sujet d’enfants qui grandissent dans un monde rempli d’événements surnaturels. La machine est vraiment lancée maintenant et j’espère que je pourrais en dire plus au début de l’année prochaine.

Merci pour l’interview, Shoco !

Merci Yon.