Des grands réalisateurs qui ont commencé par le court métrage, il y en a eu beaucoup. Mais peu ont autant marqué que Martin Scorsese.

Agé d’à peine 25 ans, il réalise en 1967 The big shave. Contexte : la guerre du Vietnam. Conclusion : Martin Scorsese était déjà en génie.

Plus objectivement, en 5 min, on retrouve déjà quelques traits de la filmographie de Scorsese. L’esthétisme du sanglant, ce don de la mise en scène, ce goût de la dénonciation et la faculté à installer une ambiance en quelques secondes.
Ici, un jeune américain, tout ce qu’il y a de plus classique, entre dans la salle de bain, après son réveil. Il enlève son t-shirt, prépare son rasoir et sort sa mousse à raser. Non sans humour, Scorsese manie sa caméra de telle manière que l’on pourrait croire à une publicité. Cet américain, blond, grosse mâchoire, probablement un sourire aux dents impeccables, rappelle les troupes envoyées au Vietnam.

 

 

En un geste banal, quotidien, Scorsese va dénoncer. Il va dénoncer l’atrocité de la guerre, les suicides des troupes épuisées par le conflit, l’automutilation d’un pays qui s’embourbe dans une guerre longue, coûteuse, sanglante. Petit à petit, le sang va couler, peu à peu, le geste se fera plus mortifère. Aucune souffrance n’est montrée, tout doit être machinal parce que quotidien, presque grotesque, autant que cette guerre.

Du sang, il y en a eu chez Scorsese. De Raging Bull à Gangs of New York, l’américain nous a toujours montré avec violence et beauté un côté sombre de son pays. De la dénonciation, il y en a eu aussi souvent dans sa filmographie. Dernier en date, Le loup de Wall Street. Scorsese préfère pour ce court métrage la simplicité, le plan efficace, on est pas dans l’overdose des plus de 500 « fuck » du film, on est dans la goutte de sang qui tombe lentement sur le corps souillé d’un américain de plus. En 5 petites minutes, Scorsese montre les prémisses de ce qui fera de lui un grand réalisateur.

 

Image du court métrage The Big Shave