Jeune autodidacte, Charlotte s’est décidée avec passion à sauter le pas de la réalisation. Après s’être fait la main dans le cadre d’un 24h project elle a réalisé un deuxième film ambitieux : JOHNNY AND THE CASH (JATC). La démarche suit un chemin assez hors norme pour que la curiosité de Shoco ait été piquée, voilà une interview pour en savoir plus sur Charlotte et son court métrage…

Avant de lire, regardez le trailer de JOHNNY AND THE CASH, belles bagnoles, ambiance bangbang sous un soleil torride en Val d’Oise… ça vaut le détour !

 

Shoco : Salut Charlotte, est-ce que tu peux te présenter pour nos lecteurs et nous en dire plus sur ce qui t’amène à la réalisation façon autodidacte ?

Charlotte Marcos : Salut Shoco ! Alors dans la vie au quotidien, je suis professeur d’anglais en BTS. Je n’ai aucune formation dans le cinéma, l’audiovisuel ou l’écriture. J’ai une grande passion pour le scénario et le cinéma américain. J’ai lu beaucoup de magazines de cinéma, observé et appris principalement en regardant des films et leur making-of en fait.

J’ai surtout la passion, l’envie, la motivation de faire et de partager simplement ! Depuis mon enfance j’écris… j’ai plus de 30 scénars en cours ou finis. Je me suis toujours dit « quand on veut, on peut ».

Pour la petite anecdote, quand j’avais 18 ans, j’avais même envoyé une lettre à Jean-Pierre Jeunet pour lui faire part de mon envie de réaliser des films et lui demander conseil ! J’ai été très surprise qu’il m’appelle par la suite car j’avais indiqué uniquement sur l’enveloppe : « Mr Jean-Pierre Jeunet, quelque part à Montmartre… » et je ne pensais pas qu’il la recevrait un jour ! Le conseil qu’il m’a donné était très simple : « Si vous voulez faire des films, sortez votre caméra et filmez » !

Mais le manque de temps et de budget m’ont freinée pendant longtemps. Et puis, 2014, l’année de mes 30 ans, a été décisive pour moi.

J’ai participé avec mon frère Quentin au projet « 24h pour faire un film » organisé par le Café El Sur à Paris… Ce qui m’a plu, c’est l’idée qu’au bout de 24h, j’aurais réalisé mon 1er film. Suite à cette expérience, je me suis rendue compte que ce n’était pas si compliqué et j’avais hâte de recommencer.

Photo de Jean Pierre Jeunet

© Jean Pierre Jeunet

Pour JOHNNY AND THE CASH, j’étais décidée et très motivée à donner vie à mon histoire et mes personnages. Pour m’aider, j’ai fais appel au financement participatif sur kisskissbankbank ; 850 euros on été récoltés en 1 mois grâce à la générosité de 37 kissbankers ! Ça a servi pour le défraiement , pour nourrir l’équipe et louer du matériel. J’ai eu la chance d’être soutenue et d’être bien entourée aussi. C’est une réalisation façon autodidacte, un projet entièrement bénévole qui a réclamé beaucoup d’énergie, d’implication, de polyvalence et de persévérance. Une fois le tournage terminé, je me suis occupée du montage.

Quelle a été l’inspiration pour écrire le script du film, d’où vient l’histoire ?

J’avais pris connaissance de la 6e édition du festival Côté Courts en Val d’Oise qui se déroulait dans ma ville. Je voulais y participer. J’avais ce festival en tête, comme objectif. Il fallait déposer son film pour le 18 décembre 2014 au plus tard. Ce qui, avec le recul, était très présomptueux voire impossible !

Et l’histoire de JATC m’est venue dans le train. J’ai eu l’idée d’un mec qui se faisait voler sa mallette puis poursuivre par des malfrats…. Et je l’ai notée dans mon petit carnet que j’ai toujours dans mon sac à main. Au départ, l’idée est plutôt banale mais j’ai continué d’imaginer le personnage principal, puis les malfrats, puis le boss etc… j’ai écrit le script en 4h.

Et puis, je me suis dit « Cette fois, je vais le faire et je vais le présenter au festival ! » C’était mon objectif. Et tout s’est enchainé petit à petit, la recherche des acteurs, de l’équipe technique, des lieux de tournage, etc.

Affiche de JOHNNY AND THE CASH

© Charlotte Marcos

Je me souviens, lors du casting, les acteurs étaient surpris de découvrir que le scénario était écrit par moi, une femme ! Dans les dialogues, il y a pas mal de vulgarité aussi, ce qui fait bien sourire mon entourage car je dis rarement des grossièretés ! Finalement, JATC sera projeté lors de la 7e edition du Festival côté court en VO, le vendredi 5 février 2016. J’en suis très contente !!!

Pour un deuxième film Johnny and the Cash est vraiment bien fait, comme tu as pu le dire ailleurs on sent l’influence de Tarantino à l’époque Reservoir Dogs, avec peut-être un cran d’humour en plus, qu’est-ce qui te plaît dans ce cinéma ?

Photo Tirée de Johnny and the cash

 

Ah Merci ! Oui c’est vrai, j’ai grandi avec les films de Spielberg, Tarantino, etc… j’adore ça ! J’admire leur réalisation, leur travail, leur talent et je ne me lasse pas de revoir certains films de mon enfance ! L’influence est forcément là, oui. Je n’aspirais pas à faire un court-métrage sur le ton de l’humour ; c’est venu naturellement…

On pense à une suite en voyant la fin de JOHNNY AND THE CASH…

Libre à chacun d’imaginer une suite ! J’aime bien l’idée que le public continue de donner vie aux personnages dans leur imagination… JATC est un film court de 15 minutes. L’histoire s’arrête bien là, mais elle aurait pu continuer pourquoi pas. Mon envie d’écrire un long-métrage se ressent peut-être inconsciemment.

Combien de temps as-tu mis entre l’idée du projet et la sortie de JOHNNY AND THE CASH ?

Alors, j’ai eu l’idée du projet en septembre 2014. Et JATC a été terminé en décembre 2015. Ça a mis environ 1 année. Le tournage s’est déroulé les week-ends d’octobre, novembre 2014 et janvier 2015, sur 9 demies-journées.

Ensuite, je me suis occupée du montage image tout en continuant mon activité de prof à plein temps. Trois nouvelles personnes compétentes m’ont rejointe en post-prod pour la composition de la musique originale du film, le mixage son et sound design et l’étalonnage.

En attendant la finalisation du film, mon amie Leïla qui m’a beaucoup aidée sur ce projet, a eu l’idée d’animer la page Facebook de JATC avec du contenu imagé, des news sur l’avancée du projet, des jeux-concours, etc.

On sent que vous vous êtes amusés à faire ce film, quelles ont été les plus grosses difficultés et comment les as-tu surmontées ?

Oui ! On s’est bien amusés mais réaliser un film de façon autodidacte avec une petite équipe technique aussi efficace soit-elle, ce n’est pas sans contraintes.

Parmi les difficultés que j’ai rencontrées, il y en a trois que je retiens comme une leçon et que j’ai surmontées avec beaucoup d’optimisme, de confiance de la part de l’équipe et avec la détermination d’aller au bout de mon engagement.

La première difficulté était sur le tournage, notamment lors d’une scène du film où les quatre personnages jouent en même temps. Je n’avais pas anticipé leur chorégraphie, c’est un détail important ! les acteurs étaient perturbés. Finalement ça s’est bien terminé ! Ouf ! Mais ce jour là, j’ai moins rigolé !

© Charlotte Marcos

© Charlotte Marcos

La seconde difficulté était de gérer les caprices de la météo pour les scènes extérieures. J’ai notamment changé au dernier moment une scène très importante qui, initialement, devait se dérouler autour d’une piscine.

La troisième difficulté, c’était d’assurer moi-même le rôle d’assistante réal. C’était passionnant mais très éprouvant ! Lors de la post-production, je me suis rendue compte qu’il était difficile, au bout d’un moment, de faire le montage image de l’histoire que j’ai moi-même écrite et réalisée. Une prise de recul est nécessaire pour faire le bon choix des images vues et revues… Il y a eu plusieurs versions avant la version officielle de JATC. Parfois, j’ai volontairement mis en stand-by le montage. Mon amie Leïla m’a beaucoup aidée notamment pour la bande annonce.

Comment as-tu trouvé et monté l’équipe ?

J’ai trouvé ma chère équipe (acteurs et techniciens) principalement via le site d’annonces cinéaste.org qui permet de trouver des équipes de tournage. Pour l’image, c’était mon frère Quentin qui cadrait avec un Canon 5D Mark iii. Et c’est mon amie Leïla qui a pris en charge toute la partie logistique et la cantine. On a commencé par caster les acteurs. Puis l’équipe technique nous a rejoints. Ce que je cherchais en priorité, c’était des gens passionnés, motivés et acceptant le caractère bénévole du projet. J’ai aussi eu la chance d’être soutenue par des partenaires locaux généreux qui ont accepté avec plaisir de me suivre dans cette aventure, notamment pour les lieux de tournage.

L’aperçu qu’offrait la bande-annonce du film m’a aussi aidée à convaincre l’équipe de post-prod de me rejoindre, en septembre 2015. Et c’est grâce à mon amie Violaine (qui joue dans le film) que j’ai pu rencontrer Claude Samard-Polikar qui m’a fait l’honneur de composer la musique originale de JATC. C’est ainsi que j’ai pu réaliser mon court-métrage.

Aurais-tu des conseils à donner à des réals qui voudraient se lancer en autodidacte ?

Surtout, lancez vous ! Croyez en vous ! N’ayez pas peur de l’échec ou que votre film ne plaise pas ! On ne peut pas vous reprocher de faire…

Entourez-vous de personnes fiables, compétentes et investies. Une fois que vous avez trouvé votre équipe, ne négligez pas la sécurité de tous sur le tournage. Elle fait partie des nombreux points importants à contrôler en amont.

Prenez du recul sur ce que vous faites. Posez-vous des questions ! N’hésitez pas à solliciter l’aide de personnes expérimentées. Restez toujours à l’écoute des conseils et des idées qu’on vous proposera. Même une mauvaise idée est utile car elle aide à faire le tri dans vos pensées et vous oriente vers le bon choix.

Pensez au financement participatif !

Préparez-vous mentalement à vivre une aventure forte en émotion. La passion doit être accompagnée d’une patience, d’une volonté de faire (et de fer). Je pense qu’il faut du courage pour aller au bout de son objectif. En retour : une grande satisfaction, une fierté d’avoir réussi et de ne pas avoir abandonné. C’est une grande joie de voir sur grand écran le résultat !

Le 5 février 2016, JOHNNY AND THE CASH sera projeté en ouverture de la 7ème édition du festival Côté Court en Val d’Oise, Bravo ! Comment le contact s’est passé ?

JATC n’était effectivement pas prêt à temps pour postuler à la 6ème édition de ce festival. Une fois le tournage terminé, j’ai contacté l’organisateur du festival afin de savoir si JATC pouvait être présenté lors de la 7ème édition en tant que film local. L’idée d’encourager de jeunes cinéastes en leur permettant de diffuser leur film lui a plue ainsi que la bande-annonce. Le film sera donc projeté cette année, en ouverture et hors-compétition (car trop long).

Des projets pour la suite ?

J’ai plusieurs scénarios terminés dans des styles très différents les uns des autres, dont un huis-clos, complètement à l’opposé de JATC et pas du tout sur le ton humoristique ! Je viens aussi de créer mon association DIRECTOR’S CAT qui a pour but de créer, produire, promouvoir des projets artistiques et audiovisuels. Un projet de création d’un festival de courts-métrages en Bretagne est d’ailleurs en cours. A suivre…  😀

On va suivre toute cette hyperactivité avec attention, merci !!

Merci Shoco pour l’interview ! Vous êtes TOP !

Image de Johnny dans JOHNNY AND THE CASH

Image du boss dans JOHNNY AND THE CASH

Photo du bras droit du boss dans JOHNNY AND THE CASH

Image de JOHNNY AND THE CASH