En ce moment a lieu le concours de courts métrages Nikon. Chaque année la marque soumet un thème de film à réaliser en 140 secondes et propose aux internautes et à un jury de professionnels de voter pour leurs films préférés. Jonathan Schupak, un des talentueux candidats de cette nouvelle édition, nous en dit un peu plus sur son parcours et sa participation au Nikon Film Festival. 

L’interview est pleine de spoils, pour ne rien vous gâcher c’est par ici en 2’ :

Cliquez ici pour voir Je suis inarrêtable

A vos likes pour soutenir ce jeune cinéaste !

Salut Jonathan, peux-tu te présenter pour nos lecteurs ?

JS: Donc je m’appelle Jonathan Schupak, j’ai 23 ans. J’ai toujours voulu faire du cinéma même si ma famille ne travaille pas du tout dans ce domaine.

Affiche du film Stand By Me

Je crois que c’est vraiment quand j’ai vu le film « Stand By Me » de Rob Reiner, que j’en ai eu la confirmation. C’est la première fois que le pouvoir de l’identification a réellement opéré sur moi et depuis ça ne m’a jamais quitté !

 

Au lycée, j’ai eu la chance d’intégrer une option cinéma alors que j’étais en ES. Ça m’a conforté dans mon choix de continuer dans ce domaine. On regardait beaucoup de films de toutes les époques et on devait également en réaliser un par an. Donc à part les quelques courts métrages que j’avais réalisé avec des potes au collège, c’était vraiment mes premières expériences et j’adorais ça !

 

Après le lycée, j’ai intégré une licence d’Etudes cinématographiques et audiovisuelles à l’Université Marne-la-Vallée. C’est là que j’ai commencé à apprendre les bases théoriques et pratiques du 7e art, et c’est également là que je me suis entrainé à la réalisation grâce à de nombreux exercices, et courts-métrages.

J’étais également très intéressé par le son et j’ai donc été plusieurs fois ingénieur du son sur des petits projets. C’est aussi au cours de cette formation que je me suis mis au montage et un peu au mixage.
C’est également durant ces 3 années de licence que j’ai rencontré ceux avec qui je continue à faire des films aujourd’hui. Certains sont dans la production, comme Charlotte Giral, productrice déléguée sur « Je suis inarrêtable », d’autres dans l’image, ou encore d’autres comédiens, comme Théo Navarro-Mussy, celui qui interprète le personnage du « geste ».

Photo de Théo Navarro-Mussy
Ma dernière année de licence s’est achevée par la co-écriture et la coréalisation d’un court-métrage de 15 minutes, « Quand la musique s’arrête », que l’on a réussi à monter grâce à une grosse campagne de crowdfunding. C’est vraiment grâce ce projet, beaucoup plus conséquent que les précédents, que j’ai énormément appris sur le déroulement d’un tournage, le métier de réalisateur, la façon de gérer une équipe, d’appréhender un travail en groupe.

Après cette licence, j’ai pris une année pour me consacrer à la réalisation de quelques projets, dont ma première participation au Nikon Film Festival, avec « Je suis ce qui reste », co-réalisé avec mon ami Etienne Grosbois.

C’est au cours cette année, que j’ai compris que je voulais vraiment me concentrer sur l’écriture en plus de la réalisation.
J’ai donc intégré l’année suivante, la spécialisation scénario de l’ESEC. Pendant un an, dans une promo de 10 élèves, j’ai énormément écrit, que ce soit des scènes, des courts métrages ou même un premier traitement de long métrage et une bible de série télé. Et c’est aussi au cours de cette formation, que j’ai rencontré Max Hammel, le chef opérateur et monteur de « Je suis inarrêtable ».

 Ton film Je suis inarrêtable concourt en ce moment pour le Nikon film festival, ce n’est pas ta première participation, comment en es-tu arrivé à ce festival ?

Oui, « Je suis inarrêtable » est donc ma deuxième participation à ce festival, et ma première en solo à la réalisation.

Il y a 2 ans, je venais de finir un court-métrage pour le 48h Film Festival, avec Etienne Grosbois, que j’ai également rencontré durant ma Licence de Cinéma. On a adoré travailler ensemble, on s’entendait super bien et on était assez complémentaires. Du coup, quand on est tombés sur l’annonce du Nikon Film Festival avec le super beau thème « Je suis un souvenir », on s’est tout de suite mis au travail. Il faut dire qu’outre l’envie de faire un beau film, le Nikon Film Festival attire beaucoup grâce aux prix qu’il y a à la clé : La diffusion Mk2, l’achat par Canal +… C’est un super tremplin !

 Avec Je suis ce qui reste, ton film pour la 4e édition, tu as fini 3e au prix du public. As-tu quelques tips à donner aux autres réalisateurs pour arriver à mobiliser les spectateurs autour de leur  film ?

En fait, je n’ai pas vraiment de conseils à donner. Cette année, avec « Je suis inarrêtable », même si on oscille entre le top 20 et le top 50 des films les plus soutenus, on a quand même beaucoup plus de mal à mobiliser un public large.

Avec « Je suis ce qui reste », il y a deux ans, je crois qu’Etienne et moi avions trouvé une idée touchante et efficace : imager le temps qui passe, et le souvenir, à travers le vécu d’une commode, présente tout au long de la vie d’un couple.
Il n’y avait que très peu de narration, c’était muet, et les images étaient appuyées par une belle musique composée par Carl Egger, avec qui je bosse sur la plupart de mes films.

Durant la compétition, on avait bien sûr un cercle de proches qui nous soutenait beaucoup chaque jour, mais ce qui a permis à notre film de décoller, je crois, c’est qu’il a réussi à toucher un public large, de nombreux spectateurs qui se baladaient sur le site. Le jour des résultats, on a un peu halluciné quand on a découvert que notre film était classé troisième au prix du Public, puisque notre plan de com n’était pas aussi ambitieux.

Cette année, j’ai décidé de faire un film beaucoup plus narratif. C’était un peu un challenge pour moi de raconter cette histoire d’anticipation en 140 secondes, de créer un univers que les spectateurs puissent à la fois comprendre et ressentir… Donc forcément, c’est un film qui a plus de mal à faire consensus. Il est plus difficile à appréhender, et pour ramener énormément de spectateurs, « faire le buzz » c’est bien moins évident. Mais j’en étais conscient dès le départ, et je suis très fier du résultat. On a pour le moment de très bons retours et on se place pour l’instant a une bonne position sur les 1057 films en compétition.

À part les classiques de la communication, Facebook, Twitter et compagnie, des articles et interviews sur des sites de courts métrages comme le vôtre par exemple, c’est surtout la force du film, sa facilité à toucher les spectateurs, qui joueront vraiment, je pense !

Et pour être honnête, on espère que cette interview nous permettra d’avoir encore plus de visibilités, et de soutiens surtout ! Donc merci à vous !

 Je suis inarrêtable prend le thème du concours « je suis un geste » de manière métaphorique, comment t’es venue cette idée ?

Je crois que cette approche métaphorique vient du fait que j’ai directement voulu traiter le geste comme une représentation du mouvement. Je n’ai pas pris le thème au premier degré, en parlant du geste comme une action physique ou morale, et sa conséquence, plus ou moins importante. Ce qui m’intéressait, c’était de parler du geste comme sensation. Il est synonyme de mouvement, et le mouvement de liberté, de spontanéité. Je souhaitais, par le même biais, évoquer l’art en général, et le cinéma surtout, dont le mouvement est la base.  Et c’est donc à partir de cette interprétation symbolique du thème, que l’idée m’est venue de prendre ce propos à l’envers, et de construire un univers où la liberté artistique est justement réprimée.

Il fallait donc que l’écriture elle-même suive cette réflexion Image du film Je suis innarêtablemétaphorique, et c’est pour cela que j’ai décidé de personnifier le « geste », grâce à cet homme séquestré dans ce cube terne, fait de bâches. C’est en quelque sorte une représentation expressionniste du propos du film : l’enfermement du mouvement existe à travers un personnage, et c’est d’autant plus percutant lorsqu’il parvient à se libérer !

Le geste non productif est dans cet univers sévèrement réprimé, on sent poindre un propos politique derrière cette douce dystopie. Te considères-tu comme un cinéaste engagé ?

Pas du tout, ou du moins pas engagé politiquement. Après je crois qu’à partir du moment où l’on réalise un projet artistique, on s’engage forcément d’une certaine manière. On évoque un sujet et on veut que les gens écoutent, regardent et ressentent, c’est une forme d’engagement. 

Mais d’une manière générale, quand je fais un film, j’essaye plus d’amener des sensations. Je ne veux jamais traiter un sujet frontalement, au premier degré. Je n’ai pas l’impression de dire quelque chose, de donner une leçon. J’essaye plutôt de faire ressentir quelque chose.

Dans « Je suis inarrêtable », la critique est là, sous-jacente. Je dénonce un manque de liberté, un manque de créativité, au détriment d’une société de plus en plus rigide, figée, automatisée. Mais je crois que cette critique est venue inconsciemment, justement parce que c’est cette sensation qui prédomine aujourd’hui et qu’elle m’a forcément inspiré.

J’ai une anecdote assez marquante, qui vient appuyer cette idée : Je suis allé monter le court-métrage à Vienne, chez Max Hammel, qui est Autrichien. Et c’est au moment où j’étais dans l’avion que les événements du 13 Novembre se sont déroulés. Quand j’en ai discuté avec Max, à mon arrivée à l’aéroport, c’est là que je me suis rendu compte que notre film faisait écho à notre société actuelle, qu’il était engagé, et qu’il luttait pour la liberté de créer. Que peu importe la répression, le mouvement est « inarrêtable » … Avant, c’était beaucoup moins clair dans ma tête !

Avant d’être engagé, je pense donc m’imprégner de ce qui m’entoure, et ces différentes sensations ressortent forcément dans mes films. Mais je n’ai pas la volonté de transmettre un message.

 La scène finale est très belle, chargée de symbolique, peux-tu nous dire comment tu l’as construite ? Et qu’est-ce que c’est que cette statue sur la chaise ?!

Image du film Je suis innarêtable

Je suis super content que cette scène ait pu vous toucher. C’est la plus importante du film, tout le reste est censé l’amener.

C’est le moment où l’émotion, réprimée depuis le début, explose, où le mouvement, prisonnier, reprend son droit.

D’un point de vu scénaristique, elle reprend un peu la structure de l’arroseur arrosé : Charles Duclair, qui arrête des enfants qui ont illégalement dansé, va danser à son tour. Dans l’idée, c’est cette simplicité là que j’ai cherché à atteindre, et c’est grâce à ce retournement que la morale de l’histoire s’exprime.

En terme de réalisation, tout part de la musique. Le « mouvement sonore » apparaît pour la première fois, et va guider le personnage de Duclair.

Il a d’abord fallu trouvé la musique adéquate. J’ai longtemps cherché et quand je suis tombé sur la « Danse Hongroise n°1 » de Johannes Brahms, j’ai tout de suite su que c’était la bonne. Elle avait la force émotionnelle et ironique nécessaire pour construire la scène !

Ensuite, Je ne voulais pas que Charles Duclair se mette réellement à danser, mais qu’il se libère tout simplement de sa rigidité, qu’il ressente pour la première fois la gravité. J’ai donc voulu faire passer la chorégraphie, la danse, par l’image. Avec Max Hammel, on a donc imaginé ce travelling circulaire puis arrière, qui clôt le film. Ce qui a été difficile, c’est de réussir à chorégraphier le jeu des 2 acteurs, Adrien Urbin et Théo Navarro-Mussy, le mouvement de caméra, et que tout soit en corrélation avec les 20 secondes de musique.
J’avais vraiment des images précises sur la musique : que le personnage du geste chuchote à tel moment, qu’il disparaisse à tel autre. Il a donc fallu un travail très minutieux pour que cela fonctionne. Notre scripte, Florence Livolsi, a également été indispensable sur ce plan (et tout au long du film) pour que nous réussissions à raconter cette action en seulement 20 secondes !

En ce qui concerne la statue sur la chaise, c’est une idée de notre chef décorateur, Marc Pacon. On voulait que dans cette dernière séquence, apparaissent dans le cube, des objets qui représentent le mouvement, l’art… On a donc décidé d’utiliser cette marionnette que Marc avait conçue pour une adaptation de Frankestein au théâtre. Elle a beau ne pas être très rassurante, sa fonction l’est beaucoup plus : c’est la création qui reprend son droit.
Et en revoyant cette séquence, vous verrez qu’il n’y a pas qu’elle : on peut voir l’ombre d’un cheval à bascule, ainsi qu’un petit robot qui pendouille à la bâche, et qui de la même manière, représentent l’enfance, la liberté…

 Je vois un Elliot Schupak crédité en producteur, vous travaillez toujours en famille ?

Non, c’est la première fois, mais on espère que ce ne sera pas la dernière. Il m’a énormément aidé pour monter ce film, surtout d’un point de vue financier.  Sans lui ça aurait été très difficile, voire impossible. Il est également très présent pour la com.

En ce qui concerne l’organisation, la production sur le tournage, et la régie, c’est grâce à Charlotte Giral que tout s’est déroulé à merveille. On bosse ensemble depuis notre première année de fac, à Marne-la-Vallée, et ce n’est pas près de s’arrêter !

Pour conclure, as-tu d’autres projets en cours dont tu peux nous parler ?

Oui j’ai plusieurs projets en cours, heureusement !

J’ai en ce moment même un court-métrage en fin de post production, que j’ai réalisé et autoproduit. J’espère pouvoir l’amener vite en festivals !

Je prépare surtout mon prochain court-métrage, un road trip qui s’intitule « Roze », et qui sera produit par DCK Films. Je suis impatient de pouvoir le tourner !

Avec Etienne Grosbois toujours, on écrit tranquillement notre premier long métrage.

Sinon, je m’occupe aussi du domaine visuel pour le groupe Jazz/Hip Hop « Chromatik ». Des live sessions et des clips vont arriver très vite ! C’est super de pouvoir travailler également sur des projets purement visuels, sans besoin de narration particulière. On a beaucoup de liberté, et là surtout ce n’est qu’affaire de ressentis !

 Merci !